SCHIZOMÈTRES / se passer du diagnostic

Un homme d’esprit disait qu’on pouvait répartir l’Humanité en officiers, femmes de chambres et ramoneurs. Quand une classification n’épuise pas idéalement son objet, n’importe laquelle lui est en tout point préférable, parce qu’elle a l’avantage de mettre l’imagination en mouvement.

Kierkergaard, La reprise

Remettre l’imagination en mouvement est bien nécessaire à l’heure où les psychanalystes mettent trop souvent leurs pas dans ceux des psychiatres en recourant à leurs pratiques diagnostiques. Dans La question de l’analyse profane, Freud écrit : « Nous ne tenons pas du tout pour souhaitable que la psychanalyse soit avalée par la médecine et trouve sa demeure définitive au fond du traité de psychiatrie, au chapitre thérapie… » Le souci de Freud demeure plus que jamais actuel. Épingler une personne d’un diagnostic, l’enfermer dans une case, c’est se condamner à faire rentrer ce qu’elle vous dit dans cette case et donc à ne pas l’entendre. Voilà une des choses que ma pratique, mon travail à l’École lacanienne de psychanalyse et la découverte des Schizomètres de Marco Decorpeliada m’ont appris. Je vous invite à cette découverte.

Schizomètre est le nom de la révolte de Marco Decorpeliada (1947-2006) contre les diagnostics. Épinglé par ceux du DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders), bible de la psychiatrie moderne, il découvre que 20.2 Schizophrénie, type catatonique continue, correspond à 20.2 Crevettes entières roses cuites dans le catalogue Surgelés ! Soulagé par cette découverte, il va inscrire son entreprise de réplique sur des mètres et il va répertorier les manques de la classification DSM sur des portes de congélateurs. Dégivrant avec art une psychiatrie surgelée, il montre aussi les limites de tout systématisme. 

La conférence à la Maison des métallos, Paris
Mini-visite de l’exposition à l’université Jean Moulin à Lyon

  • Le premier numéro de la revue bilingue anglais français DYSFUNCTION déplie les subtils jeux de Marco Decorpeliada entre réalité et fiction. Publié par les Universités, Rouen Normandie, Paris Dauphine et Panthéon Sorbonne.