FOLIESOPHIE / accueillir un dire

Il n’y a sans doute pas dans toute l’espèce humaine, un seul individu sage à toute heure et dépourvu de toute espèce de folie. Il n’existe qu’une différence : l’homme qui prend une citrouille pour une femme est traité de fou, parce qu’une telle erreur est commise par peu de gens ; mais celui dont la femme a de nombreux amants et qui, plein d’orgueil, croit et déclare qu’elle dépasse la fidélité de Pénélope, celui-là personne ne l’appellera fou, parce que cet état d’esprit est commun à beaucoup de maris.

Érasme, Éloge de la folie, XXXIX.

Accueillir un dire nécessite que l’analyste ne soit pas arc-bouté au cadre strict des séances. C’est souvent la condition pour qu’au fil des premiers entretiens une analyse s’enclenche. Et quand une crise survient, si l’analyste ne sait pas se décaler il y a peu de chance que ce soit l’occasion d’un changement. Cela vaut dans toute cure, mais la nécessité de ce décalage devient parfois particulièrement évidente quand on a affaire à une folie. C’est ce que mon expérience à l’hôpital avec des personnes dites psychotiques m’a appris. Si, dans ce cas, l’analyste n’accepte pas de sortir du cadre psychanalytique classique en effectuant un mouvement vers elles, rien ne s’entamera.

Dans son article « La crainte de l’effondrement », Winnicott a le premier indiqué l’opération qu’un analyste peut effectuer pour accueillir quelque chose d’une folie. D’autres se sont préoccupés du mouvement à faire pour qu’un dire ou un acte fou soit accueilli et trouve enfin son point de chute. On trouvera le témoignage de ce rapport à la folie – foliesophie pourrait-on dire – dans les textes ci-dessous et aussi dans une activité publique d’échanges autour de livres, Bookentrain, menée avec un petit groupe de psychanalystes et directeur•trice•s d’hôpitaux.

Foliesophie est un des nombreux néologismes de Jacques Lacan : « faire une foliesophie, si je puis dire, moins sinistre que le Livre dit de la Sagesse dans la Bible »,

Séminaire Le Sinthome, 16 mars 1976

  • « Transférer sans fournir » est le titre d’un séminaire tenu l’année 1998/1999. On en trouvera ici la première leçon suivie, trois ans plus tard, d’une reprise de la question qui y était posée. « Des psychanalystes empêtrés dans leurs dévoilements » est une intervention adressée à des psychothérapeutes gestaltistes. Ce séminaire et cet article prennent acte qu’à l’encontre de l’anathème jeté par Freud sur le transfert dans la psychose, ce transfert existe bel et bien : il est transfert au dit psychotique et suppose donc un mouvement vers lui. Ces deux textes se penchent sur un risque que ce mouvement nécessaire fait courir à l’analyse.
  • « Un lettrage des écrits de Louis Wolfson », Cahiers de lectures freudiennes N°23, Lettres de la folie, 1993. Cet article se veut un repérage ordonné des écrits de Louis Wolfson, Le Schizo et les langues et Ma mère musicienne est morte. Il insiste sur leur visée scientifique.
  • « L’ironie de Wolfson est une tranquillisante caresse » est une conférence donnée à Buenos-Aires en 1994. Elle soutient que la position ironique du Schizo, comme Wolfson se nomme, est le point qui l’installe en position d’éromène et dessine une des versions du transfert psychotique comme transfert au psychotique.
  • « Le négativisme », est une séance d’un séminaire tenu à l’hôpital de jour Gombault-Darnaud en 2010. Il y est soutenu que ledit négativisme psychotique n’est pas qu’opposition stérile, comme les psychiatres l’ont souvent pensé, ou pure ironie mais qu’il pourrait bien être une radicale tentative de subjectivation.